Sexe et fin du monde

Sexe et fin du monde

Pour certains cultes, les félicités terrestres ne sont qu’un avant-goût de celles qui attendent les fidèles dans l’au-delà ! Mais ce n’est pas toujours le cas. Après-nous le déluge ! 

 

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Le déluge, par Léon-François Comerre. Musée des beaux-arts de Nantes

Caramba, encore raté ! Depuis la chute de l’Empire romain, la fin du monde a déjà été annoncée au moins 183 fois sans que la terre ait apparemment cessé de tourner. Souvenez-vous, 2012 n’a pas échappé à la règle. Mais cette énième apocalypse avortée n’a sans doute pas été perdue pour tout le monde. À commencer par les aficionados du site de rencontres First Affair. Il y a quatre ans, celui-ci avait eu l’idée de sonder ses libertins de clients sur leurs dernières volontés avant le 21 décembre 2012. On ne sera pas étonné d’apprendre qu’une bonne partie des 3 400 répondants souhaitait passer leurs derniers instants à s’envoyer en l’air. De quelle manière ? Le sexe à trois était, semble-t-il, la configuration la plus plébiscitée, juste devant l’option « faire l’amour avec une belle inconnue » ou avec son partenaire légitime.

Du miel, du vin, du sexe !

Mais il fut un temps où l’apocalypse n’annonçait pas nécessairement la fin de tous les plaisirs terrestres. Au début de l’ère chrétienne, les doctrines millénaristes vont s’opposer à la conception de l’Église officielle sur la fin des temps. En lieu et place d’un royaume céleste et spirituel, certaines décrivent un paradis terrestre bien concret, avec tous les avantages en nature qui l’accompagnent, galipettes comprises ! Lactance, le « Cicéron chrétien » comme on l’appelle, annonce par exemple un règne de mille ans de jouissance pour la nature mais aussi pour le genre humain. Il imagine des rochers ruisselants de miel, du vin coulant dans les ruisseaux, des moutons dont la laine est déjà teinte sur le dos et… toutes les joies de la procréation ! Du moins pour les heureux élus. Cérinthe, un gnostique contemporain de Saint-Jean, fait même des temps messianiques une véritable fête nuptiale. Selon un commentateur de l’époque, il rêve d’un paradis sur terre où règneraient « … les satisfactions du ventre et de ce qui est en dessous du ventre… ». La fin du monde, finalement, c’est peut-être moins grave que ça n’en à l’air.

Mystique et sodomie

Le jardin des délices, Jérôme Bosch, détail. Musée du Prado
Le jardin des délices, Jérôme Bosch, détail. Musée du Prado

Ces visions millénaristes seront finalement condamnées par l’Église, mais vont ressurgir de façon périodique à certaines époques. Ce fut le cas à partir du XIIe siècle avec le courant de pensée des Frères et Sœurs du Libre-Esprit, apparenté aux béguines belges, qui sera lui aussi en son temps sévèrement combattu par les autorités ecclésiastiques. Étonnant mouvement mystique, qui prône la pauvreté, le refus de toute contrainte, le droit de voler les riches et une liberté quasi totale en matière d’amour. Des principes que ses adeptes mettent d’ailleurs largement en pratique. Certains vont jusqu’à vivre nus la plupart du temps ! Pour ceux qu’on affuble aussi du sobriquet de Turlupins, la fornication n’est pas un péché, pas plus que l’infidélité, le divorce ou l’homosexualité. Certains Frères et Sœurs attribuent même une valeur toute particulière à l’acte sexuel qu’ils appellent le « délice du paradis » ! Lequel amour charnel se confond d’ailleurs pour eux avec la charité. Imaginez le scandale.

Nymphes célestes

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Une Aspara en pleine forme(s) !

La terre n’est pas le nirvana érotique et sensuel attendu ? Qu’à cela ne tienne. Reste alors le « vrai » paradis, celui du ciel ou de ce qui y ressemble. Certaines religions ne voient ainsi aucune raison de ne pas faire de la dernière demeure des croyants, un lieu de félicités notamment amoureuses. Dans le paradis musulman, les plus chanceux parmi les hommes sont, comme chacun sait, accueillis par septante-deux houris d’une beauté inouïe et à la virginité toujours renouvelée. Ils ne sont pas les seuls. L’hindouisme compte de nombreux paradis, dont certains s’avèrent être de bien agréables lieux de plaisirs sensuels. C’est le cas du Swarga où d’innombrables troupes de nymphes célestes, les fameuses Apsara, attendent à demi-nues la venue des âmes méritantes et se révèlent toujours prêtes à éteindre les feux qu’elles font naître. Seul souci, comme pour tous les paradis hindous, il faut régulièrement en repartir pour renaître une nouvelle fois !

Érection post-mortem

Tout cela est bien joli, mais bandera-t-on au paradis ? C’est peu probable, sauf peut-être si l’on est mort pendu ! Loin d’être une légende, l’érection post-mortem est attestée par la littérature médicale. Elle survient dans un tiers des cas de pendaison et affecte aussi les organes génitaux féminins. D’autres causes de décès peuvent être responsables de cette bandaison réflexe : blessures du cerveau par balle ou empoisonnements. En médecine légale, la présence d’une érection terminale indique même d’ailleurs souvent une mort rapide et violente !

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