Nombrilisme

Nombrilisme

Les bébés ont beau ne pas en sortir, le nombril est un peu notre troisième sexe à tous. Doté d’un haut potentiel érotique, il a même été longtemps interdit de l’exhiber. Aujourd’hui, on le dévoile, on le décore, on le pierce et parfois même on le fait refaire, comme le premier nez venu !

Connaissez-vous l’omphalophilie ? Ce terme un peu barbare désigne l’attirance particulière que l’on peut éprouver vis-à-vis du nombril! Ne riez pas, l’ombilic, cette petite fleur vermeille qui s’épanouit au milieu de notre ventre, possède une sacrée charge érotique. Autant que les fesses ou les seins, et presque autant que le pubis lui-même. C’est que le nombril est lui-même un symbole charnel. Pour un avoir un, il faut en effet avoir été conçu, dans la luxure cela va de soi !

Cachez ce nombril

Selon le dogme de l’anomphalie, défendu par certains théologiens dès le Moyen Âge, Adam et Ève étaient d’ailleurs dépourvus de cette aguichante cicatrice. Normal, ils n’avaient pas de mère ! Et donc pas de belle-mère non plus. Cette doctrine vaudra notamment à Raphaël et Michel-Ange d’être accusés d’hérésie pour avoir représenté le couple originel le ventre orné d’un nombril. À partir du XVIIIe siècle, l’Église chrétienne se prononce tout de même en faveur de la doctrine contraire, à savoir l’omphalisme. Depuis, Adam et Ève sont donc censés avoir un ombilic, comme Shakira ou votre concierge. Surtout comme Shakira d’ailleurs. Durant des siècles, cette même église va cependant reléguer le nombril au rang de cavité douteuse, l’associant tour à tour à l’égocentrisme ou à l’impudeur. Au IVe siècle, Saint Jérôme croit même y voir le siège de la libido et du désir féminin. Résultat, il est indécent pour les femmes de montrer ce coquin de petit trou qui fait tout ou presque pour un rappeler un autre ! Longtemps aussi, le nombril servira de frontière imaginaire entre le haut du corps, visible et où les caresses et les baisers sont permis, et le bas, où le pécheur potentiel s’aventure à ses risques et périls. Pas de péché au-dessus du nombril affirme d’ailleurs un proverbe médiéval.

Festival du nombril

Mais si l’on diabolise l’ombilic chez nous, on l’érotise heureusement ailleurs. Dans le Cantique des Cantiques, par exemple, où le roi Salomon le compare à une coupe arrondie où le vin parfumé ne manque jamais. Dans les pays du Moyen-Orient ensuite, où la danse du ventre se pratique depuis toujours le nombril complètement à l’air. Bien que la tradition soit aujourd’hui remise en cause sous les coups de boutoir d’un Islam rigoriste. En Inde, il n’est nullement choquant d’exposer son nombril, c’est même plutôt bien vu chez les femmes mariées ! Pas d’érotisme ici, mais une symbolique qui associe l’ombilic à la naissance et à la vie. Au Japon, par contre, c’est fou ce que le nombril suscite comme intérêt. Il y possède même son festival ! Et sur la Toile, l’amateur peut visionner des vidéos de jeunes et jolies japonaises occupées à toiletter cette cavité à grand renfort de petits cris érotiques. Autres lieux, autres mœurs. En Occident, montrer son nombril restera longtemps prohibé, notamment dans les films. Les pectoraux de Johnny Weissmuller dans Tarzan ? D’accord. Ses mollets ? Aussi. Mais surtout pas l’ombilic. Ne parlons même pas de Jane. Il faut attendre les années 60, et l’apparition du bikini, pour commencer à voir les femmes exposer ce trésor lové au creux de leur abdomen. Et encore, au départ, aucun mannequin n’accepte de l’enfiler !

Nombrilinctus

Aujourd’hui objet de tous les fantasmes, l’ombilic se montre ou se cache ou gré de la mode, mais n’en reste pas moins un outil de séduction massive. Des preuves ? Aux États-Unis, 30% des adolescentes sont percées au nombril ! Et en France, les opérations de plastie ventrale sont aujourd’hui plus nombreuses que celles du nez. S’il attire irrésistiblement le regard, voire le baiser, mouillé ou non, l’ombilic n’est bien sûr qu’une étape préliminaire vers un objectif qui se situe en général une vingtaine de centimètres plus bas. Mais quelle étape ! Pour les amateurs, il existerait même une typologie du nombril : convexes, asymétriques, boudeurs, en grain de café, sinistres ou encore ronds et profonds comme celui de la Vénus de Milo.

Le délicieux nombril de Vénus !

Connaissez-vous la légende qui entoure les tortellinis ? L’histoire raconte qu’un beau soir Jupiter et Vénus s’arrêtèrent dans une auberge pour s’y reposer dans une chambre après un bon souper. Ayant succombé aux charmes de la déesse, le patron de l’auberge tenta d’apercevoir celle-ci toute nue par le trou de la serrure. Il ne put cependant voir que son nombril mais celui-ci lui fit tellement d’effet, qu’il créa dès le lendemain une pâte fourrée et moulée dont la forme lui rappelait le sublime et divin ombilic. Le tortellini était né !

Sources :
Daniel Lesueur, Le code Hays : auto-censure du cinéma américain, sur www.suite101.fr
Japon : le nombril dans tous ses états ! www.cctv.com
L’art de se regarder le nombril. http://ecrireiciaussi.canalblog.com
La Semaine du Narcissisme, suite et fin (Samedi). http://henrikaufman.typepad.com/et_si_lon_parlait_marketi/
Marie Huret, Le nombril, centre du moi. www.lexpress.fr
Marie-Joëlle Gros, Génération ombilic.http://next.liberation.fr
Ombilic et Omphalisme sur www.wikipedia.org

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